Nanakorobi Yaoki  (七転び八起き) – L’érable et l’art de se relever 🍁

Il existe des moments où la vie suspend brutalement son élan.

Des instants où tout ce que l’on croyait acquis – la santé, les habitudes, les projets, les certitudes – vacille en une fraction de seconde.

Pour moi, ce moment est arrivé en novembre 2020.

Je me souviens encore de cette douleur qui s’est invitée sans prévenir. Une douleur si intense qu’elle m’a privée de quelque chose que l’on considère souvent comme évident : la capacité de marcher.

Pendant une semaine, chacun de mes pas était une négociation avec mon corps. Traverser une pièce devenait une expédition. Monter une marche ressemblait à une montagne. Je découvrais, impuissante, à quel point notre liberté tient parfois à une articulation que l’on n’avait jamais vraiment remerciée.

Puis est venue cette étrange lumière, presque une épiphanie.

Je me suis soudain rappelé que quelques anti-inflammatoires dormaient au fond d’un placard. Ils ont apaisé la douleur, suffisamment pour que je puisse à nouveau marcher.

En boitant.

Mais je savais déjà que quelque chose s’était brisé.

Quelques jours plus tard, une IRM confirma ce que je redoutais : une arthrose avancée du genou.

Le diagnostic avait la froideur d’une sentence.

Dans mon esprit défilaient aussitôt les images de tout ce que j’aimais : courir, danser, repousser mes limites, sentir mon cœur battre au rythme d’un cours de HIIT ou d’une séance de Zumba.

Allais-je devoir dire adieu à cette femme énergique que j’avais toujours été ?

Trouver un rhumatologue fut une épreuve à part entière. Les délais semblaient interminables.

Alors j’ai insisté.

J’ai appelé.

J’ai rappelé.

J’ai souri au téléphone.

J’ai prié. 🙏🏾

Et, presque contre toute attente, un rendez-vous s’est libéré à la fin du mois de décembre.

Les mots du spécialiste furent réalistes, mais lourds à entendre : des injections d’acide hyaluronique tous les six mois, l’évolution incertaine de la maladie, et cette question qui planait au-dessus de tout le reste : pourrais-je continuer à pratiquer les sports que j’aime ?

Autour de moi, certains pensaient déjà connaître la réponse.

« Tu devrais arrêter. »

« Le yoga suffira. »

« Accepte tes limites. »

Leurs conseils étaient certainement bien intentionnés.

Mais, au fond de moi, une autre voix murmurait.

Elle ne criait pas.

Elle ne promettait pas de miracle.

Elle disait simplement :

“Essaie encore.”

Alors j’ai décidé de ne pas entrer en guerre contre mon corps.

J’ai choisi d’en faire mon allié.

J’ai appris à le renforcer plutôt qu’à le punir.

J’ai multiplié les séances de renforcement musculaire, poursuivi le travail des muscles profonds grâce au yoga, retrouvé le plaisir du vélo et de la natation.

Je n’étais plus dans la performance.

J’étais dans la reconstruction.

Pendant longtemps, les progrès furent presque invisibles.

Et pourtant, ils étaient bien là.

Comme les racines d’un arbre que personne ne voit grandir.

Puis, en mars 2025, une nouvelle porte s’est ouverte.

J’ai commencé un coaching personnalisé.

Le premier jour, courir quelques minutes sur un tapis me semblait déjà immense.

Quelques semaines plus tard, ces quelques minutes étaient devenues plusieurs kilomètres.

Alors j’ai quitté le tapis.

J’avais besoin du ciel.

Du vent.

Des bords de Marne.

Chaque sortie était bien plus qu’un entraînement.

C’était une conversation silencieuse avec moi-même.

À chaque foulée, je laissais derrière moi un peu de mes peurs.

À chaque kilomètre, je retrouvais une femme que je croyais perdue.

Puis est née une idée qui allait tout changer.

Je me suis inscrite aux 5 kilomètres d’Odysséa, une course destinée à soutenir la lutte contre le cancer du sein.

Je voulais que chacun de ces kilomètres raconte une histoire.

Je voulais que ma victoire puisse aussi servir une cause plus grande que moi.

Le jour de la course, je n’étais pas venue battre un record.

J’étais venue honorer le chemin parcouru.

Lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée, après trente six minutes d’effort, j’ai senti monter une émotion que les mots peinent encore à décrire.

Je n’avais pas gagné une médaille.

J’avais retrouvé une partie de moi-même.

En y repensant aujourd’hui, je comprends que cette course avait commencé bien avant le coup de pistolet.

Elle avait commencé cinq ans plus tôt.

Le jour où je ne pouvais plus marcher.

Les Japonais possèdent une expression qui résume merveilleusement cette philosophie de vie :

Nanakorobi Yaoki.

« Tomber sept fois. Se relever huit. »

Ces quelques mots disent une vérité universelle : ce n’est pas la chute qui définit une existence.

C’est la décision de se relever une fois de plus.

Et puis il y a eu cet érable.

Mon érable. 🍁

Il poussait discrètement au pied de la haie de ma terrasse.

Je le trouvais beau, mais je craignais que ses racines n’endommagent la clôture.

Par prudence, j’ai demandé qu’on le supprime.

Le tronc fut coupé.

Une poudre fut répandue sur la souche pour empêcher toute repousse.

L’histoire semblait terminée.

Quelques mois plus tard pourtant, je suis sortie sur ma terrasse.

Et je l’ai vu.

Il était revenu.

Plus grand.

Plus dense.

Plus éclatant.

Comme si toute cette violence n’avait fait que renforcer son désir de vivre.

Je suis restée là, immobile, à le contempler.

J’avais l’impression que cet arbre cherchait à me parler.

Il ne connaissait ni la peur.

Ni le découragement.

Il faisait simplement ce que la vie lui avait appris depuis toujours.

Repousser.

Encore.

Et encore.

À cet instant, j’ai compris que cet érable n’était pas arrivé là par hasard.

Il était devenu le miroir de mon propre parcours.

Comme lui, j’avais été blessée.

Comme lui, j’avais cru que certaines pages étaient définitivement tournées.

Comme lui, j’avais découvert que la vie possède une force bien plus grande que nos blessures.

Depuis ce jour, je le regarde autrement.

Il me rappelle que les saisons les plus rudes ne sont jamais éternelles.

Que les racines travaillent dans l’ombre longtemps avant que les premières feuilles n’apparaissent.

Et que les plus belles renaissances sont souvent invisibles… jusqu’au jour où elles éclatent au grand jour.

Alors, si toi aussi tu traverses une période où tout semble s’effondrer, ne crois pas que ton histoire s’arrête ici.

Ce n’est peut-être que l’hiver de ta vie.

Le printemps prépare déjà son retour.

Crois en cette force silencieuse qui sommeille en toi.

Relève-toi.

Même lentement.

Même en boitant.

Même lorsque personne n’applaudit.

Car, au fond, nous sommes peut-être tous un peu comme cet érable.

La vie peut nous couper.

Elle peut nous blesser.

Elle peut nous faire tomber.

Mais elle ne pourra jamais empêcher un cœur déterminé de refleurir.

Nanakorobi Yaoki  (七転び八起き).

Tombe sept fois. 

Relève-toi huit.

Et laisse chacune de tes renaissances raconter au monde qui tu es réellement. 🍁

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